La Patrouille des Glaciers, Partage d’une expérience unique

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La Patrouille des Glaciers est une course historique militaire internationale de ski-alpinisme organisée tous les deux ans par l’Armée suisse, et ouverte également aux patrouilles civiles.

La course se déroule avec deux parcours la « Grande Patrouille » de Zermatt à Verbier et la « Petite Patrouille » d’Arolla à Verbier.

 Joël Schindler , parent à La Chat et un grand sportif passionné de montagne, partage avec nous son expérience de la PdG.

 EnBref : La PdG est organisée par l’Armée Suisse mais les civils peuvent aussi participer. Comment la sélection se passe-t-elle ?

Joël Schindler : Je suis Suisse mais je n’ai pas participé à la PdG en tant que militaire.  La PDG est organisée par l’armée suisse. Il y a donc des « Patrouilles militaires » et des « Patrouilles civiles »

Tout le monde peut participer, mais il y a des priorités :

  1. Si les trois participants ont fait un certain nombre de jours d’armée.
  2. Si il y a un guide assermenté dans l’équipe.
  3. Si l’équipe fait partie de l’élite mondiale.
  4. Et puis les autres, il faut s’inscrire et il y a un tirage au sort. Si on est chanceux c’est go, sinon dommage.

EnBref : Et pour vous comment cela s’est-il organisé ?

Joël Schindler : J’ai participé 3 fois à la PdG .  La première en 2012, mon compagnon et moi l’avons faites avec un guide de montagne.  La deuxième en 2014, je l’ai faite avec deux copains de sport, un ami suisse et un ami français.  La troisième en 2016 avec un ami professeur de ski de Val d’Isère et un copain médecin de Bretagne.

La deuxième et la troisième fois nous avons eu la chance d’être tirés au sort.

Ce qui était très stressant c’était l’attente des résultats du tirage au sort. L’inscription se fait en Septembre de l’année précédente et les résultats de la participation ne sont communiqués que fin Novembre. Ce qui veut dire que l’on a commencé intensivement la préparation bien avant de savoir si nous allions participer ! C’était donc une grande nouvelle à chaque fois.

EnBref :  Grande nouvelle qui a renforcé la motivation de votre patrouille sans aucun doute. A propos des « Patrouilles », comment se choisissent les compagnons pour cet incroyable défi ?

Joël Schindler : La formation des équipes se sont faites au gré de rencontres fortuites, de passions communes, de partage dans d’autres sports.  Mais toujours avec cette idée de partager quelque chose de fort ensemble, un but à atteindre et un dépassement de soi.

EnBref : Etant donné que c’est une épreuve très intense et assez exigeante. Y a-t-il des conditions spéciales, des tests d’endurance physique ?

Joël Schindler :  Il n’y pas de conditions spéciales pour y participer. Mais il faut savoir que la « Grande patrouille », de Zermatt à Verbier donc, est en effet une épreuve exigeante, longue, de nuit et avec un passage sur un glacier. Le Glacier est à 3700 mètres d’altitude, et il fait généralement très froid (-20 degrés). Il est donc primordial de connaître la montagne et ses « pièges ».

La « Petite patrouille » au départ d’Arolla est beaucoup plus accessible et requiert moins de connaissances du terrain et techniques.

EnBref : Vous nous parlez de La Grande et Petite Patrouille. Laquelle avez-vous faîte ?

Joël Schindler : J’ai participé 3 fois à la grande en 2012, 2014 et 2016 avec de déboires divers !

EnBref : Vous nous disiez que vous aviez commencé votre entrainement bien avant de savoir si alliez faire la course.

Quel entrainement avez-vous donc suivi ? Et le faisiez-vous seul ou avec votre patrouille ?

Joël Schindler : La préparation commence au printemps précédent soit environ une année l’avance. Le but n’est pas tant de gagner mais d’arriver avec un temps honorable et surtout dans de bonnes conditions physiques et puis aussi de participer !

Pour ma part, mon entrainement a été du vélo en été (environ 3000 km), puis trail en montagne d’octobre à décembre et ensuite environ 60 à 80’000 mètres de dénivelés à peau de phoque pendant l’hiver.

Pendant l’hiver il est important de faire du foncier au départ, ensuite des sorties longues (4 à 6 heures) et ensuite se rendre en altitude pour habituer son corps.

Mes compagnons et moi-même essayions de nous voir le plus souvent pour s’entraîner ensemble, mais il fallait souvent le faire seul en fonction des impératifs de chacun. Nous nous sommes entraînés à Villars, Chamonix, Zermatt et Verbier, et aussi une fois par semaine la nuit à la Dôle.

EnBref : Un tel entrainement a dû vous prendre beaucoup de temps. Comment avez-vous gérer cela dans votre planning quotidien (travail, vie de famille)?

Joël Schindler : Il est en effet important de pouvoir dégager un maximum de temps pour s’entrainer et aussi pour se retrouver et s’entraîner à trois. C’est un sacrifice personnel mais aussi familial. La famille doit vous soutenir car vous n’êtes pas très présent pendant la préparation que ce soit en hiver ou en été.

Il est donc important que la famille adhère au projet sinon c’est compliqué. Personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur elle.

Et pour l’organisation au travail, ça allait ! J’ai toujours été indépendant et je pouvais organiser mon planning à ma guise.

EnBref : Avez-vous suivi, à côté de votre routine d’exercices physiques, un régime alimentaire particulier ?

Joël Schindler : Pour la partie nourriture, nous étions tous des sportifs donc n’avions pas vraiment de problème d’alimentation au départ. Il est important de manger quand même car en période de préparation j’ai perdu jusqu’à 6 kilos. Il faut savoir qu’un kilo homme ou matériel allégé aide beaucoup à la montée 🙂

Mais nous avions toujours droit à une bonne bière ou un verre de vin après l’effort 🙂

EnBref : L’entrainement intense, l’équilibre alimentaire… Cela a-t-il eu impact ‘positif-négatif” pour vous ?

Joël Schindler : L’impact est hyper positif. Cela développe une adrénaline importante et une organisation précise pour pouvoir tout faire. Vous ne sentez plus la fatigue car votre corps est au top et vous avez envie d’en faire plus.

EnBref : Quel est pour vous le meilleur moment de cette période de préparation ? ou le “pire” ?

Joël Schindler : Le meilleur moment de la préparation est clairement lorsque nous étions les 3 ensembles perdus dans les montagnes. L’effort était intense mais les moments de partage sur la neige et en dehors ont forgé des amitiés à jamais.

 

EnBref : Enfin le grand jour est arrivé. Dites-nous un peu comment cela se passe-t-il . L’organisation, le départ, l’atmosphère…

Joël Schindler : Le jour de la course est comme un rituel. Les rues de Zermatt sont noires de patrouilleurs et les restaurants servant des féculents sont pris d’assaut. On sent une tension, une compétition mais on croise tellement de potes que l’on a vu tout l’hiver s’entraîner aux mêmes endroits que nous que c’est super sympa.

La journée commence par le contrôle du matériel par l’armée suisse. C’est très strict. Il y a un matériel obligatoire à emporter et tout est contrôlé.

Ensuite la journée est vouée à la préparation du sac, du repos, boire et manger.

A 18 heures, tout le monde est convié à une réunion d’information par le commandant de la PDG à l’église de Zermatt et une messe est dite. Il y a aussi l’hymne national qui est joué à ce moment-là. C’est un moment très émouvant.

A la fin de cette cérémonie le commandant donne le go ou non go. Et là tu te mets dans ta course en attendant le départ à 21h ou 22h pour ma part.

EnBref : Quel était votre état d’esprit pendant la course ? 

Joël Schindler : Le départ est un moment exceptionnel. L’adrénaline est à son paroxysme. Au coup de départ, tu oublies tout et tu te lances. Tu ne penses à rien, juste à avancer. L’ambiance est extraordinaire avec des centaines de spectateurs dans les rues de Zermatt qui crient et qui chantent. Et puis soudain à la sortie de Zermatt plus rien que des patrouilleurs qui marchent en silence dans la nuit avec leur éclairage sur leur casque. C’est magique. La première partie du trajet se fait à pied. Ensuite tu chausses tes skis jusqu’au pied du glacier où l’équipe s’encorde au pied du glacier. Cette partie est difficile car raide et tu montes jusqu’à Tête Blanche à 3700 mètres d’altitude où il fait très froid. C’est le premier but à atteindre. Ensuite une descente encordée pas facile à négocier. Ceux qui ne se sont pas entraînés à skier encordés rencontrent de gros problèmes. Une petite montée ensuite et c’est la longue descente dans la nuit jusqu’à Arolla la moitié du parcours. Là aussi c’est magique car il y a énormément de monde car tu rejoins la longue procession des patrouilleurs qui mène au Col de Riedmatten que tu passes à pieds les skis sur le sac à dos.

Ensuite une partie longue et un peu ennuyante jusqu’au col de la Rosablanche qui se fait à pied à nouveau et là aussi des centaines de spectateurs qui sont présents avec des musiciens et des cris d’encouragement.

C’est le moment le plus excitant et le plus émouvant. Quand tu es à la Rosablanche tu sais que tu as atteint ton but même s’il reste encore du chemin.

EnBref : Le support de l’équipe doit surement être primordial, mais avez-vous eu un moment difficile qui vous a fait penser que vous ne pourriez continuer ? Où justement le fait d’être en équipe est essentiel ?

Joël Schindler : Ce qui incroyable pendant la course, c’est que tu as des moments difficiles qui sont annulés par des moments d’euphorie et le soutien de tes camarades. Tu ne fais plus qu’un, tu oublies tout et tu avances. Ton cerveau est en mode survie et rien de t’affecte (sauf une hypothermie qui a contraint un de mes compagnons à abandonner lors de la deuxième participation).

EnBref : Il ya des moments difficiles comme vous venez d’en dire mais il y a aussi des moments magiques. Quel était pour vous le meilleur souvenir-moment de cette course ? “Le Woaw , je suis ici, je le fais…”

Joël Schindler : Le « woaw » de cette aventure, ce n’est pas la course en soi mais le souvenir de s’être entrainé et d’avoir partagé des moments forts avec tes compagnons pendant toute la préparation.

Même si la 3ème édition a été annulée à la dernière minute, tu étais prêt, tu avais fait le job ! La déception de ne pas partir était bien sûr grande, mais quand tu fais de la haute montagne depuis 25 ans, tu as appris à respecter son environnement. Tu n’es rien par rapport à elle et tu t’inclines, c’est elle qui décide.

EnBref : Arrivée à Verbier. La course est finie… Quelle est le premier sentiment-la première pensée une fois arrivé ?

Joël Schindler : L’arrivée à Verbier est très émouvante aussi avec tes proches qui t’attendent et le sentiment du devoir accompli.  Tout cet entraînement, toute cette souffrance, tous ces sacrifices, et là tu te poses avec tes potes et tu de dis que tu reviendras encore la prochaine fois.

EnBref : Comment vous sentiez-vous après que tout soit terminé ?

Joël Schindler : Quand tout est terminé, c’est un peu le vide pendant quelques temps. Tu as besoin de faire le vide. Tu deviens un peu fainéant pendant quelques temps. Tu manges, tu dors beaucoup. Et puis tu reprends ton vélo et là tu sens que tu es en forme grâce à tout l’entraînement passé et tu recommences.

EnBref : Un retour à votre planning habituel sans trop de difficultés ?

Joël Schindler : Progressivement oui. Après l’édition 2016, j’ai eu pas mal de choses à faire d’un point de vue personnel et n’ai pas participé à l’édition 2018.

EnBref : Envie de recommencer ?

Joël Schindler : Oui ! On va se réinscrire pour la course de 2020 et donc se remettre au boulot 🙂 . A cinquante ans, il faut se fixer des objectifs sportifs, c’est bon pour le coeur et le cholestérol 🙂

 

EnBref : Vous voilà repartit ! Justement si on souhaite participer avez-vous des conseils à partager ?

Joël Schindler : Pour les personnes qui veulent participer à la PDG, mes conseils sont les suivants :

  1. La préparer avec des gens disponibles et qui partagent le même objectif que vous (temps, plaisir, passion)
  2. S’entraîner en montagne et pas juste à côté des pistes de ski, pour acquérir l’expérience et la technique de la montagne.

La PDG (la grande en tout cas) ce n’est pas comme juste faire du vélo sur une piste cyclable au bord du lac, il faut être en dehors des chemins pour l’apprécier.

  1. Du plaisir, du plaisir et encore du plaisir.

EnBref : Joël, un tout grand merci de votre partage. A vous lire on découvre la passion, le sportif et le camarade en vous. Tout du bon pour l’édition 2020 !

Si vous souhaitez des renseignements sur la PdG, ci-après le lien pour le site officiel : https://www.pdg.ch/bienvenue/

Interviewé par: Marie Deckers

Photos : Nos remerciements à Joël Schindler de partager ses photos.

 

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